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Le collège des Bernardins (1248-1338)

Rue de Poissy

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Claude Lucas, d’après Louis Bretez

Plan de Turgot (détail : le collège des Bernardins), 1734-39, burin et eau-forte, Kyoto University Library

Branche réformée des Bénédictins, dont l’origine remonte à la fondation de l’abbaye de Cîteaux, à la fin du XIe siècle, l’ordre cistercien doit son expansion à Bernard de Fontaine (1090-1153). Envoyé à Clairvaux pour fonder l’une des quatre abbayes directement issues de Citeaux, celui-ci défendit inlassablement les idéaux de l’ordre cistercien, qui conjuguait à la fois l’indépendance économique et l’activité liturgique, l’activité apostolique et le refus du monde.

A l’exemple de Cîteaux et de Clairvaux, les abbayes cisterciennes s’établirent sur des sites retirés, propices à l’isolement exigé par une vie retirée du monde. Soutenu par le Pape et de nombreux puissants donateurs, l’abbé de Clairvaux acquit rapidement une vive influence politique, plaidant par exemple en faveur d’une deuxième croisade en Terre sainte auprès du Pape Eugène III, ancien abbé cistercien, ou contribuant à la reconnaissance de l’Ordre du Temple.

Au XIIe siècle, la prospérité économique de ces abbayes cisterciennes était incontestable dans une Europe en pleine expansion économique. Face au développement des villes et des universités, l’ordre cistercien était toutefois concurrencé par les ordres mendiants (Franciscains, Dominicains), qui prêchaient dans les villes et donnaient leurs plus grands maîtres aux universités.

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Le bâtiment des moines

C’est dans ce contexte que le chapitre général des cisterciens autorisa la fondation d’un collège pour former les religieux de l’ordre, volontiers appelés « bernardins » en hommage à leur maître spirituel, Bernard de Clairvaux. Dans une bulle de 1245, le Pape Innocent IV encouragea vivement la fondation de ce collège. C’est sous l’impulsion d’Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, que l’établissement s’établit à Paris, capitale intellectuelle de l’Europe, jouissant d’un enseignement universitaire qui avait été, dès le début du XIIe siècle, reconnu par le roi Philippe-Auguste et le Pape Innocent III.

Après l’acquisition d’un terrain marécageux au clos du Chardonnet, qui appartenait à la puissante abbaye de Saint-Victor, les Cisterciens débutèrent la construction de leur établissement d’enseignement, d’abord baptisé « collège Saint-Bernard ». Le chantier, lancé en 1248, s’acheva en 1253. Acquérant un prestige croissant, le collège (rapidement dénommé des « Bernardins ») accueillit, au fil des siècles, les religieux des abbayes cisterciennes de toute l’Europe.

Le collège des Bernardins se situait à l’intérieur de l’enceinte de Philippe-Auguste, dont la muraille reliait la Seine, à la hauteur du quai de La Tournelle, en filant entre les actuelles rues d’Assas, de Poissy, du Cardinal-Lemoine et des Fossés-Saint-Bernard. Les moines cisterciens accédaient au collège par la rue des Bernardins, après avoir franchi un petit pont enjambant le canal de dérivation de la Bièvre (« Canal des Victorins »), que les chanoines de l’abbaye de Saint-Victor avaient creusé, en 1153, pour alimenter leurs terres.

Ce canal, qui pénétrait à l’intérieur du mur d’enceinte depuis les faubourgs, était une voie navigable employée pour le transport des marchandises. Il longeait l’enclos du collège des Bernardins au niveau de la rue Saint-Victor ; celle-ci menait à la petite paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Le « Canal des Victorins » se jetait dans la Seine un peu plus loin, selon le tracé de l’actuelle rue de Bièvre.

Au sein du collège des Bernardins, les moines pouvaient vivre selon la règle cistercienne qui imposait d’être séparés du monde. Une première porte voûtée s’ouvrait sur un passage, filant entre les maisons réservées aux domestiques et aux moines convers (non soumis à la règle majeur de l’Ordre), puis jusqu’à une seconde porte, donnant accès à une vaste cour bordée par les bâtiments du collège (le bâtiment des moines, la sacristie, l’église des Bernardins et les différents logis réservés aux abbés et aux hôtes), un potager, des poulaillers…

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L’une des nefs du cellier, dans le bâtiment des moines

Le bâtiment des moines possédait initialement quatre niveaux : un cellier, le réfectoire et le chapitre, qui correspondent aujourd’hui à la grande salle du rez-de-chaussée, le dortoir et les combles. L’accès au cellier s’effectuait par deux escaliers droits, pratiqués à chaque extrémité de la façade occidentale. Ils y descendaient directement depuis le sol.

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Les retombées de la voûte d’arête 

Le cellier du bâtiment des moines comprend trois nefs (désormais compartimentées en salles de cours) : elles sont séparées par trente-deux colonnes assez massives, sur lesquelles retombent les boudins d’une voûte d’arêtes. Des murs en pierre de taille très épais encadrent les nefs du cellier : ils reçoivent les arc doubleaux et les ogives diagonales des voûtes, qui se réunissent sur un cul-de-lampe à pans coupés.

Le sol alluvionnaire du cellier exigea rapidement que des butons triangulaires renforcèrent chaque colonne. En raison des multiples crues de la Seine, cette salle basse fut en outre remblayée à partir du XVIe siècle.

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La grande salle, vers le pignon sud

Trois portes, situées au centre de la façade occidentale, permettaient de pénétrer dans la grande salle du bâtiment des moines. Cette vaste salle, composée de trois nefs et dix-sept travées, repose sur de hautes et fines colonnettes monolithes. Dotées d’un chapiteau orné de palmettes à galbes, en forme de crosse, elles soutiennent une voûte sur croisées d’ogives. Probablement compartimentée, la grande salle abritait les salles de cours et la salle capitulaire.

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La nef centrale du bâtiment des moines

De larges fenêtres ogivales, séparées par des contreforts à l’extérieur, percent la façade orientale. Elles étaient autrefois fermées de petits losanges de verre, enchâssés dans des résilles de plomb. Les petits côtés étaient tous deux percés de petits oculi quadrilobés.

Un escalier à vis, appliqué contre le petit côté nord, permettait d’accéder au dortoir, qui se développait au-dessus de la grande salle. Ce lieu destiné au repos, aménagé sous le grand comble, initialement doté d’une remarquable charpente en bois, était éclairé au moyen de fenêtres rectangulaires, et les combles, d’une petite rose à remplages. A l’extrémité sud, un couloir, situé au-dessus de la maison des hôtes, donnait accès aux latrines, qui surplombaient une dérivation du « Canal des Victorins », établie pour recueillir les déjections.

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La sacristie (aujourd’hui, lieu d’exposition d’art contemporain)

Dressée contre le pignon nord du bâtiment des moines, la sacristie remplaça peut-être la première chapelle du collège. Cette sacristie abritait un reliquaire, qui contenait le crâne de saint Jean-Chrysostome. Au XIVe siècle, le volume de l’édifice était compartimenté en un rez-de-chaussée et un étage ; ce dernier directement aménagé sous les voûtes.

Cette sacristie est divisée en trois travées et éclairée, du côté de la rue de Poissy, par de grandes fenêtres ogivales très aiguës. Un haut comble recouvrait initialement la sacristie. Ce toit aigu laissait apparaître le pignon sud du bâtiment principal du collège, qui était décoré d’un oculus à remplage semblable à celui ornant toujours le pignon opposé.

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La voûte d’ogives de la sacristie

La voûte d’ogives de la sacristie est soutenue par de belles colonnes, dont les nervures aboutissent à des clefs ornées de motifs végétaux, représentant des palmes et des feuilles de chêne entrelacées. D’autres clefs portent des armoiries. Des sujets religieux et symboliques décorent les consoles à la naissance des voûtes.

Dans les combles de la sacristie, un passage menait à un escalier à vis permettant de quitter le dortoir et de rejoindre directement l’église des Bernardins pour les offices de la nuit. Cet escalier était à double révolution de telle manière que deux personnes y montaient et en descendaient sans se voir.

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Le bel escalier du XVIIIe siècle

Le toit aigu de la sacristie, le passage sous comble et l’escalier à double révolution disparurent après la construction, au XVIIIe siècle, d’un niveau d’appartement au-dessus de la sacristie. Un grand escalier classique desservit alors l’étage du bâtiment des moines et les nouveaux espaces d’habitation du recteur. Dans le mur de cette cage d’escalier, une niche rectangulaire fut ménagée pour abriter la statue ruinée d’une figure drapée, retrouvée lors des travaux de restauration.

A l’extérieur le mur et les fenêtres de cet étage d’appartement se dressent derrière une plateforme servant de « terrasse ». Sur la rue de Poissy, les fenêtres de la sacristie s’inscrivent désormais au fond de trois grandes arcades cintrées, formant une sorte de portique et d’appui à cette terrasse.

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Pierre Mariette, d’après Jean Marot

Vue de l’église des Bernardins, milieu du XVIIe siècle, Paris, musée Carnavalet

Depuis le rez-de-chaussée de la sacristie, une porte pratiquée dans le mur du fond communiquait avec l’une des chapelles latérales de l’église des Bernardins, édifiée sous l’impulsion de Benoît XII, second Pape cistercien. Entreprise au début du XIVe siècle, mais jamais achevée, l’église des Bernardins affirmait un style gothique rayonnant.

Bâtie à partir du chœur, dont le chevet jouxtait l’actuelle rue de Poissy, l’église des Bernardins comprenait une nef principale, sans transept, et des bas-côtés, bordés de chapelles latérales. La nef était éclairée par de larges et hautes baies, qui laissaient pénétrer une belle lumière. A l’extérieur, la haute toiture de l’église des Bernardins se distinguait par l’emploi singulier de tuiles vernissées, à la manière des hospices de Beaune.

L’église des Bernardins ne reçut jamais de façade occidentale, mais une simple clôture de bois jusqu’à sa destruction, à l’exception de ses murs nord et sud, vers 1800-1805.  En 1790, l’Assemblée nationale avait décrété la suppression des congrégations religieuses et la confiscation des biens du clergé, qui devinrent « biens nationaux ». Transformé en prison, le collège des Bernardins fut racheté par la Ville de Paris en 1804, qui entreposa, dans le bâtiment des moines, les huiles d’éclairage de la cité et les archives du département de la Seine.

A partir de 1845, le bâtiment des moines abrita une compagnie supplémentaire des sapeurs-pompiers, qui occupa les lieux jusqu’en 1995. C’est à cette époque que l’architecte Jacques-Ignace Hittorff décida de remplacer le grand comble, dont l’état de délabrement était préoccupant, par un toit plat, doté d’un étage en attique.

En 1865, le percement du boulevard Saint-Germain fit disparaître toute trace de l’église. Des fouilles archéologiques effectuées lors de la construction d’immeubles bordant le boulevard Saint-Germain permirent de mettre à jour les vestiges de l’escalier à double vis et de classer « monument historique » le bâtiment des moines.

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Le Christ en majesté

Racheté à la Ville par le Diocèse de Paris, en 2001, le collège des Bernardins aborda une longue période de rénovation. Au cours de ces travaux, la tombe d’un moine allemand décédé en 1306, ainsi qu’une statue du Christ en majesté, datant de 1340-50, furent mis à jour. La statue monumentale du Christ ornait peut-être autrefois le portail de l’église : elle est désormais présentée dans la grande salle du rez-de-chaussée.

La restauration du bâtiment des moines permit de restituer le grand comble à profil médiéval, de soulager les fondations existantes et d’envisager des charges nouvelles. Il était indispensable d’épargner les voûtes très élancées et les colonnettes de la grande salle, fragilisées par l’instabilité du terrain. Les voûtes furent soigneusement consolidées et le premier étage, suspendu à une nouvelle charpente en métal. Par un système ingénieux, les architectes firent reposer cette charpente sur les murs périphériques, plutôt que sur les voûtes et les colonnes.

Depuis l’automne 2008, ce joyau de l’architecture cistercienne est un lieu de rencontres, de dialogue, de formation et de culture, ouvert à tous, qui propose une programmation de conférences, de débats, de concerts, d’expositions d’art contemporain et d’ateliers de pratique artistique destinés aux enfants. Depuis 2009, le collège des Bernardins abrite en outre l’Académie catholique de France.

A lire également en cliquant sur le lien ci-dessous :

L’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet

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