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L’Hôtel des abbés de Cluny, musée national du Moyen-Âge (1844)

Place Paul-Painlevé

vue aérienne hôtel de cluny

L’Hôtel de Cluny

(in : Bulletin de la Société des amis des monuments parisiens, 1886-87, p. 108)

Le musée national du Moyen-Âge est installé, depuis sa création, en 1844, dans l’Hôtel des abbés de Cluny, mitoyen des thermes gallo-romains de Lutèce.

En 1269, l’abbaye bénédictine de Cluny établit, au sein du quartier de l’Université, à l’emplacement de l’actuelle place de la Sorbonne, un collège à Paris, destiné à la formation des novices. Elle implanta, au milieu du XIVe siècle, la résidence parisienne des abbés, adossée aux anciens thermes antiques. Cette demeure devait servir aux abbés lorsque leurs affaires exigeaient un séjour prolongé dans la capitale.

Au XVe siècle, Jean III de Bourbon (vers 1413-1485), abbé commendataire de l’abbaye bourguignonne de Cluny et son administrateur perpétuel, entreprit de transformer la résidence des premiers abbés. Son successeur, Jean d’Amboise, engagea de nouveaux travaux à partir de 1485. Issu d’une famille influente, il souhaitait alors disposer d’une résidence prestigieuse, bâtie en pierre de taille et abondamment décorée, digne de sa personne. C’est cette demeure, soigneusement restaurée au XIXe siècle, qui abrite aujourd’hui le musée national du Moyen-Âge.

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Le guichet et la porte cochère

Du côté de la place Paul-Painlevé, un mur de clôture crénelé délimite une vaste cour intérieure de forme trapézoïdale, dont l’accès s’effectue par une porte cochère et un guichet.

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Personnage au phylactère, avec un escargot

La porte cochère est ceinte d’une large voussure décorée de feuilles de vigne et de grappes de raisin, peuplées d’animaux, de créatures fantastiques et de personnages portant des phylactères. Elle est couronnée d’un arc en plate-bande, dont les extrémités se terminent en feuilles de chou frisées. Le guichet est surmonté d’un arc en accolade semé de feuilles également découpées.

nash pugin hotel de cluny    rochebrune cour hôtel cluny

A gauche : Augustus Charles Pugin, d’après Nash, Hôtel de Cluny, gravure, Paris, musée national du Moyen-Âge

A droite : Octave Guillaume de Rochebrune, La cour de l’Hôtel de Cluny, 1889, gravure, Paris, musée national du Moyen-Âge

 Plus ancien exemple d’hôtel bâti entre cour et jardin, à Paris, la demeure des abbés de Cluny adopte un plan en forme de U, comprenant un corps de logis, qui s’élève au fond d’une cour, complété par deux petites ailes en équerre.

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L’aile gauche et le logis principal

Coiffé d’un haut comble percé de lucarnes, le corps de logis possède deux niveaux de fenêtres à meneaux de pierre, couronnés d’une balustrade à remplages ajourés. Deux bandeaux moulurés séparent nettement le rez-de-chaussée et l’étage ; un troisième bandeau relie et encadre les fenêtres du niveau supérieur. Des gargouilles affectant la forme d’animaux fantastiques sont placées à la chute des combles afin de rejeter les eaux pluviales dans la cour et d’éviter le ruissellement sur la maçonnerie des bâtiments.

L’aile gauche repose sur une galerie bordée de quatre arcades en arc brisé, surmontées de gables ornés de feuilles de chou frisées. La quatrième arcade, plus étroite, se fond dans le mur du logis principal. Des pinacles, élancés et décorés, s’intercalent entre chaque arcade et s’élèvent jusqu’à la corniche supérieure.

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La tour de l’escalier à vis

En raison du tracé irrégulier de la cour, l’aile droite est plus courte. Rattachée au logis principal par une tourelle d’angle, elle abritait les cuisines, comme le suggère le puits à poulie. La margelle de ce puits du XVe siècle proviendrait par ailleurs du manoir de François Sauvage, contrôleur de l’argenterie du roi Charles VIII, si l’on en croit la gargouille, représentant un « homme sauvage ».

Une tour à cinq pans construite « hors d’œuvre », percée d’une porte rectangulaire et de petites fenêtres carrées, divise la façade du logis en deux parties inégales. Elle abrite un grand escalier à vis desservant les pièces principales de l’Hôtel des abbés de Cluny. Cet ouvrage d’art, caractéristique de l’architecture médiévale française, s’inscrit dans une tradition de construction qui donna, notamment, la Grande Vis du Louvre.

A l’angle du logis principal, une tourelle en encorbellement permet, au moyen d’un escalier secondaire, d’accéder à la terrasse de la tour à pans coupés. Son extrémité est coiffée d’un toit pointu en pierre, qui surplombe une petite terrasse bordée, comme ailleurs, d’une balustrade ajourée. 

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La porte de la tour à cinq pans

La porte de la tour à cinq pans est coiffée d’un arc en plate-bande régulièrement mouluré. Elle est flanquée de pinacles et surmontée d’un gable décoré de feuilles de chou frisées. Celui-ci transperce un bandeau mouluré et rejoint le cul-de-lampe d’une étroite niche qui abritait autrefois une sculpture.

Les emblèmes de Jacques d’Amboise (coquilles et bourdons de pèlerin, en allusion à son saint patron, Jacques le Majeur) décorent le tympan de la porte et les pans de mur latéraux. Des phylactères gravés de devises en latin se mêlent à ce décor symbolique.

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Le décor sculpté des lucarnes : un bouffon et un singe

Le style flamboyant de l’architecture extérieure se concentre sur les lucarnes, dont le tympan triangulaire porte les armes de la famille d’Amboise.

Chaque lucarne est flanquée de pinacles, reliés par une clôture de pierre ajourée, sous un bandeau hérissé d’épis. La base des pinacles est en outre ornée de deux figures pendantes. Probablement reconstituées lors de la restauration du bâtiment au XIXe siècle, elles se contorsionnent, suspendues à une feuille de chou frisée : à gauche, un bouffon, avec sa marotte ; et à droite, un singe enchaîné.

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Charles d’Entraygues

Vue de la chapelle de l’Hôtel de Cluny, fin XIXe siècle, huile sur toile, Paris, musée national du Moyen-Âge

Derrière le logis principal, une aile perpendiculaire abrite la chapelle privée de l’Hôtel des abbés de Cluny, en bordure d’un jardin, qui se prolonge désormais vers le nord, sous la forme d’un « carré » médiéval. Cette aile repose sur une loggia ouverte au rez-de-chaussée, alors que les travées de l’étage s’articulent autour d’une tourelle en encorbellement accueillant l’abside de la chapelle.

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Les voûtes de la chapelle privée

De plan presque carré, la chapelle privée de l’Hôtel des abbés de Cluny possède de remarquables voûtes sur croisée d’ogives, de style gothique flamboyant. Les quatre voûtes de la chapelle sont divisées en quatre voutains par deux ogives ; ces voûtains sont à leur tour subdivisés par des liernes, elles-mêmes bifurquées en tiercerons.

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Le pilier central

Le pilier et les multiples nervures de la voûte reconstituent la forme d’un palmier, qui n’est pas sans rappeler l’exemple contemporain du chœur de l’église Saint-Séverin. De plus petites nervures en forme de flammes remplissent l’espace laissé libre entre les voûtains. Les voûtes retombent sur le pilier central et des culs-de-lampe ornés de feuilles de chou frisées, appliqués au milieu de chaque paroi et dans les angles de la pièce.

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Les dais architecturés

Des dais architecturés, autrefois garnis des statues de la puissante famille d’Amboise, occupent la partie haute des murs. Le socle des sculptures est orné, ici, de feuilles de vigne et de grappes de raisin.

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La clôture de pierre

Dans l’un des angles de la chapelle dallée en noir et blanc, une clôture à remplages de pierre ajourés, fermée par une porte en bois sculpté et peint, dissimule un escalier à vis menant à la loggia du rez-de-chaussée et, de là, au jardin.

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Saint Christophe et saint Pierre

La porte de la clôture à remplages présente plusieurs figures, seules ou associées sous un gable, dont les rampants sont ornés de crochets. Une grande rosace forme le fond de chaque représentation.

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L’abside de la chapelle privée

Dans l’abside, le décor peint et sculpté illustre la Passion du Christ : la lecture débutait par une Mise au tombeau, sculptée sur le devant de l’autel, en grande partie disparue, encadrée de peintures murales représentant deux saintes femmes éplorées se détachant sur des architectures en trompe-l’œil, attribuées au peintre et sculpteur italien Guido Mazzoni (1450-1518).

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Ange aux mains croisées sur la poitrine (vers 1498-1500)

Elle se poursuivait sur la voûte en cul-de-four, qui porte toujours les figures sculptées de Dieu le Père, placée en son sommet, de treize anges, représentés debout ou à mi-corps, portant des phylactères ou des instruments de la Passion, entourant le Christ en croix.

Sur les côtés, des anges aux cheveux et aux ailes dorés, portant une tunique blanche, semblent fendre les airs en direction de la scène principale, leurs mains croisées sur la poitrine.

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Le cadran solaire (1674)

Les abbés de Cluny délaissèrent leur somptueuse résidence parisienne dès la fin du XVIe siècle. Au siècle suivant, elle servit de nonciature aux légats du Pape et fut, entre 1634 et 1636, la demeure de Mazarin, alors nonce extraordinaire. Le cadran solaire déclinant du matin, gravé sur l’un des pans de la tour en saillie du logis principal, serait un peu plus tardif, si l’on en croit la date indiquée sur le mur. Il est orné d’un soleil en son milieu et porte la devise latine « NIL SINE NOBIS » (« rien sans nous »).

L’ancienne demeure fut, sous le règne de Louis XV, partagée entre plusieurs propriétaires et locataires, dont l’astronome Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768), qui transforma la tour du logis principal en observatoire. En 1774, l’imprimeur-libraire Nicolas-Léger Moutard installa sa presse dans la chapelle. Confisqué comme « bien national », l’ancien Hôtel des abbés de Cluny subit de nombreuses dégradations jusqu’à l’installation, en 1832, d’Alexandre du Sommerard (1779-1842), conseiller-maître à la Cour des comptes et collectionneur passionné par l’art médiéval.

A la mort d’Alexandre du Sommerard, l’État racheta ses fabuleuses collections d’œuvres d’art du Moyen-Âge et de la Renaissance, dont l’Hôtel de Cluny était l’écrin. L’État acquit également les thermes gallo-romains à la Ville de Paris. Le musée de Cluny fut créé en 1844 et sa direction, confiée à Edmond du Sommerard, fils du collectionneur. En 1977, la création du musée de la Renaissance au château d’Écouen entraîna le transfert de plusieurs milliers d’objets. Cette même année, le musée, considérablement enrichi par ses premiers conservateurs, s’étendit à de nouvelles salles, notamment afin de présenter les têtes de la galerie des rois de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

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Les troupeaux de Job dispersés par des diables

Les visiteurs pénètrent dans le musée par l’aile droite de l’Hôtel des abbés de Cluny et traversent la boutique avant d’accéder aux premières salles d’exposition. Le parcours mène au Corridor des albâtres, qui dessert la salle des vitraux : celle-ci rassemble des pièces remarquables des XIIe et XIIIe siècles, dont plusieurs vitraux provenant de l’abbatiale [désormais basilique] de Saint-Denis ou de la Sainte-Chapelle de Paris.

Parmi ces œuvres remarquables, Les troupeaux de Job dispersés par des diables est un vitrail tiré de la Sainte-Chapelle de Paris. La trame de sa composition remonte certainement au XIIIe siècle, mais plusieurs éléments (tête rouge du diable, robe du cheval) dateraient en revanche du XVe siècle.

Ce vitrail montre, sur un fond bleu, un Diable identifiable à ses cornes et à la couleur rouge de sa peau, menant au galop un cheval à la robe pommelée, faisant fuir vache et moutons. Un arbre au tronc blanc, sur lequel s’enroule une tige de lierre, suggère symboliquement le paysage. A gauche, un autre diable tourmente le pauvre Job, mis à l’épreuve par Dieu, qui semble joindre les mains en signe de prière.

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La Résurrection des morts

Un autre vitrail du début du XIIIe siècle, provenant également de la Sainte-Chapelle, représente La Résurrection des morts. Il met en scène l’ange de la Résurrection, nimbé, aux ailes grandes ouvertes, qui souffle dans sa trompette. Il est entouré des morts, qui soulèvent le couvercle de leur cercueil et s’en échappent.

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David et Saül

Un troisième vitrail en forme de carré, posé sur la pointe, représente Saül, premier roi d’Israël, portant une couronne et un sceptre fleurdelisés, face à David, muni de sa harpe. Celui-ci avait été envoyé auprès du souverain pour lui jouer de la harpe à chaque fois que son esprit se troublait, gagnant ainsi sa bienveillance. Ce vitrail de la Sainte-Chapelle comprend des éléments datés du XIIIe siècle, remployés au XVe siècle.

Le passage des dalles funéraires mène le visiteur à la salle Notre-Dame, puis au frigidarium des thermes gallo-romains.

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Le frigidarium des thermes de Cluny

Le complexe thermal de Cluny fut bâti, à l’angle du Cardo maximus (actuel boulevard Saint-Michel) et du Decumanus (actuel boulevard Saint-Germain), à la fin du Ier siècle ou au début du IIe siècle après Jésus-Christ. Conservés en dépit des troubles survenus à la fin de l’Antiquité, les thermes antiques ont échappé à une entière disparition, même si leur somptueux décor de mosaïques a presque entièrement disparu.

Au VIe siècle, ils servirent probablement de « palais » au roi Childebert Ier et à sa veuve, la reine Ultrogothe. Devenu « palais des rois », selon Jean d’Hauville, ils subirent douloureusement les sièges de Paris tout au long du IXe siècle.

Donnés par Philippe-Auguste à l’un de ses fidèles serviteurs et englobés à l’intérieur de l’enceinte fortifiée bâtie sur l’ordre du roi, les thermes de Cluny furent acquis, en 1340, par Pierre de Chatelus, abbé de Cluny, au nom de son ordre. Les abbés de Cluny bâtirent alors leur résidence parisienne contre les anciens thermes, dont certaines salles servirent de granges. La salle centrale (le frigidarium) abrita successivement un loueur de carrosses, un aubergiste et un tonnelier.

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L’accès aux thermes antiques s’effectuait par le sud, du côté de l’actuelle place Paul-Painlevé. Le portique d’entrée débouchait sur une série de boutiques qui proposaient aux baigneurs divers produits d’hygiène, de quoi se désaltérer et se restaurer. Au-delà des boutiques, s’étendait une cour ou un jardin, que les baigneurs devaient traverser avant de débuter leur parcours thermal.

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La voûte du frigidarium

Une alternance de moellons de calcaire et d’assises de briques horizontales, selon la technique de l’opus vittatum mixtum, composent les murs, encore recouverts de leur enduit d’origine par endroits. Le frigidarium possède toujours sa spectaculaire voûte d’arêtes, culminant à près de quatorze mètres.

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La salle de la vie domestique : cheminée d’une maison du Mans

C’est à l’étage que le visiteur pénètre dans la salle de la fameuse tenture de La Dame à la licorne et découvre les splendides voûtes de la chapelle de l’Hôtel des abbés de Cluny. Les dernières salles du parcours sont consacrées à la vie domestique, à la guerre et à la chasse.

Dans la salle de la vie domestique, une cheminée dotée d’une hotte trapézoïdale, trône sur l’un des petits cotés. Le manteau de cette cheminée provenant d’une maison du Mans possède un linteau orné de figures sculptées en haut-relief. Il consiste en une frise de dix personnages formant cinq couples. Sous un arc en accolade, le couple central se tient de part et d’autre d’un écu accroché à un arbre.

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L’un des couples du linteau de la cheminée

Les autres couples s’échangent des cadeaux (fleur, couronne) ou paraissent en conversation. La femme porte un vêtement (houppelande), qui était fort à la mode autour de 1400, dont les manches s’évasent et laissent voir les poignets. L’homme porte le pourpoint, qui tombe au niveau des genoux, sur des chausses qui épousent la forme de ses jambes et se terminent par les fameuses poulaines. La femme a recouvert sa tête d’une guimpe ; l’homme, d’un chaperon.

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La salle de la vie domestique

Dans la salle de la vie domestique, plusieurs tapisseries sont présentées en relation avec le thème. A droite, le visiteur du musée peut admirer l’une des six pièces de la tenture de la Vie seigneuriale, exécutée vers 1520, illustrant Le Bain. Sa composition, qui rassemble six personnages posés sur un fond de « mille fleurs » animé d’oiseaux, décrit la vie en plein air des élites aristocratiques et de leurs serviteurs.

Au fond de la pièce, la tapisserie, exécutée au début du XVIe siècle, montre les différentes étapes de la fabrication du vin, réparties de gauche à droite, depuis la cueillette des fruits jusqu’à la dégustation du breuvage. Comme pour Le Bain, la scène se déroule sur un fond de « mille fleurs ».   

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