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L’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet (1658-1763 / 1934)

Rue des Bernardins, à l’angle de la rue Saint-Victor

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La nef

Une chapelle dédiée à saint Bernard occupait initialement le clos du Chardonnet : elle avait été élevée lorsque l’enceinte de Philippe-Auguste engloba, au XIIIe siècle, ce vaste terrain en friche, rempli de chardons, que détenait principalement l’abbaye de Saint-Victor. Cette chapelle accueillit les habitants du quartier, désormais à l’intérieur des murs de la capitale. Devenue paroisse, elle fut remplacée par une église dédiée à saint Nicolas en 1243, à laquelle succéda un édifice plus vaste, consacré en 1425. Agrandie en 1545, cette église du XVe siècle fut dotée d’un nouveau clocher en 1625.

   C’est au milieu du XVIIe siècle que fut à nouveau décidé de reconstruire l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Faute de place, le chevet de l’édifice ne fut pas orienté, mais tourné vers le nord, contrairement à l’ancienne église, qui longeait l’actuelle rue Saint-Victor.

Le chantier débuta en 1656, à côté de l’église du XVe siècle, alors très ruinée. Les travaux avancèrent lentement : au moment de la dédicace, en 1667, la voûte et les deux premières travées de la nef n’étaient pas achevées. Ce n’est qu’à la faveur de plusieurs loteries royales, organisées entre 1716 et 1763, que furent rassemblés les fonds nécessaires à l’achèvement de l’église, à l’exception de la façade.

Cette nouvelle église Saint-Nicolas-du-Chardonnet adopte un plan en forme de croix latine, à transept non saillant, tracé par l’architecte Jacques Lemercier : elle présente une nef de quatre travées, flanquée de bas-côtés simples, qui desservent, avec le déambulatoire, plusieurs chapelles latérales. Une simple coupole aplatie, dépourvue de décor, coiffe la croisée du transept.

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L’élévation de la nef

L’élévation de la nef comprend deux niveaux, formés par les grandes arcades du rez-de-chaussée et les fenêtres hautes de l’étage. Les grandes arcades supportent un entablement, terminé par une corniche à modillons ; elles sont cantonnées de hauts pilastres corinthiens, à support cannelé. Pour chaque travée, l’arc en plein cintre des grandes arcades retombe sur le chapiteau de deux petits pilastres doriques, appliqués contre l’intérieur des piles. Des tablettes au profil en médaillon de plusieurs saints ornent le sommet des grandes arcades. Au-dessus, les fenêtres hautes éclairent généreusement l’intérieur de l’édifice.

La voûte en berceau de la nef est dotée d’arcs doubleaux, dont les plates-bandes sont sculptées d’ornements, et pénétrée de profondes lunettes, où se logent les fenêtres hautes. 

 

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La chapelle Saint-Charles-Borromée

Charles Le Brun (16109-1690), Premier peintre de Louis XIV, participa largement à la décoration de l’église, dont il fut l’un des célèbres paroissiens. Il fit l’acquisition d’une chapelle située au niveau du chœur, à l’ouest de la nef, et dédiée à son saint patron Charles Borromée. Il réalisa lui-même la décoration de cette chapelle, qu’il légua, en 1683, à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le Brun conçut notamment le plafond, ainsi que le tableau de l’autel du mur nord, représentant Saint Charles Borromée.

La paroi sud de la chapelle est occupée par le tombeau de Julienne Le Bé, mère de l’artiste, qui rendit son dernier soupir en 1668. Réalisé par le sculpteur Jean Collignon entre 1669 et 1684, le monument funéraire comprend trois registres superposés : en bas, le tombeau, dont la pierre soulevée laisse apparaître la défunte, enveloppée dans un linceul et représentée en prière ; au registre médian, un ange soufflant de la trompette et désignant le ciel ; au registre supérieur, deux angelots encadrant une urne fumante. Dans cette composition empreinte de pathos, Le Brun représente sa mère le jour du Jugement dernier, sortant du tombeau en implorant le salut, à la fois craintive et emplie d’espérance.

Le tombeau du peintre lui-même, commandé en 1690, par sa veuve, Suzanne Butay, se dresse dans cette même chapelle, contre le mur ouest de la chapelle. Son invention ne reviendrait pas forcément à Le Brun : il comprend un cénotaphe, contre lequel deux figures éplorées (La Religion et La Science), exécutées par Tuby, se tiennent assises ; au-dessus, tournant le dos à un obélisque pyramidal, en signe d’immortalité, se dresse un piédouche-console servant d’appui au buste de Le Brun, sculpté par Coysevox, autrefois encadré par les génies de la Peinture et de la Sculpture.

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La chapelle saint François-de-Sales

C’est pour exhausser le souhait exprimé par Jérôme Bignon (1589-1656), avocat général au parlement de Paris, d’être inhumé au sein de la paroisse de Saint-Nicolas, que ses deux fils firent l’acquisition d’une chapelle latérale, en 1667. Pour le décor de cette chapelle, située au niveau du chœur, à l’est de la nef, ils passèrent commande d’un somptueux monument funéraire, exécuté par Tuby, pour les figures en ronde-bosse, en collaboration avec Girardon, pour le buste du défunt et le relief du soubassement.

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Le monument à Jérôme Bignon

Démonté sous la Révolution, le monument à Jérôme Bignon fut transporté au dépôt des Petits-Augustins, où Alexandre Lenoir organisa, en 1795, le musée des Monuments français. Restitué à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet sous la Restauration, l’architecte Etienne-Hippolyte Godde le remonta d’après l’arrangement de Lenoir. Dans sa forme actuelle, il est aujourd’hui sensiblement altéré, si l’on en croit les descriptions anciennes, qui mentionnent quatre allégories assises. Elles sont désormais réduites à deux figures (La Justice et L’Abondance), encadrant le buste du défunt, sculpté par Girardon. Lors de sa restitution par Godde, en 1818, L’Abondance fut dotée d’un miroir et transformée en allégorie de La Prudence.

Au registre supérieur, deux figures en demi-relief, représentant La Foi et La Science, dominent le monument, sous une draperie, appliquée contre la muraille. Cette draperie s’écarte et laisse paraître la couronne de feuilles de chêne, maintenue par les deux figures, de même que le portrait de Saint François de Sales, peint dans la manière de Champaigne.

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Le soubassement du monument funéraire est occupé par un grand bas-relief représentant Saint Jérôme se frappant la poitrine au moyen d’une pierre.

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Le portail du flanc ouest de l’église

L’architecture extérieure de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet vaut surtout pour le portail qui donne sur la rue des Bernardins, à la hauteur du transept. Dessiné par Le Brun en 1669 et édifié par le sculpteur Nicolas Legendre (1619-1671), ce portail marque le milieu d’un large avant-corps flanqué de pilastres à chapiteau composite. Ces pilastres soutiennent un entablement sur lequel s’appuie un fronton décoré d’un médaillon vide et de guirlandes végétales.

Trois registres composent les vantaux de la porte en bois : le registre inférieur est simplement orné d’un caisson à relief octogone, le registre médian est orné d’un haut compartiment rectangulaire, orné de rinceaux et d’entrelacs, autour d’un motif central, le registre supérieur, d’une guirlande, d’une couronne végétale et d’une tête d’ange à quatre ailes.

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Le tympan du portail

Le tympan de la porte est orné d’une figure ailée, vêtue d’une tunique serrée à la taille, aux plis froissés et gonflés par le vent. Elle est assise sur une nuée et semble offrir des couronnes.

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L’un des deux angelots

Un fronton, porté par deux consoles et décoré d’un petit cartouche, surmonte le chambranle de la porte. Ses rampants sont occupés par deux angelots, qui portaient autrefois la Croix et la crosse de saint Nicolas, transformées en piques sous la Révolution, avec des palmes, pour l’un, et des fleurs, pour l’autre.

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Charles Le Brun

Le Martyre de saint Jean l’Évangéliste à la Porte latine, 1641-42, huile sur toile, Paris, église Saint-Nicolas-du-Chardonnet

En dehors des tombeaux de Le Brun et de Bignon, plusieurs tableaux d’autel, issus d’une commande ou déposés à la suite d’une démolition, décorent les chapelles latérales de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Œuvre de jeunesse de Le Brun, réalisée pour la chapelle de la Confrérie des peintres et des sculpteurs, à l’église du Saint-Sépulcre, à Paris, Le Martyre de saint Jean l’évangéliste à la Porte latine fut transféré à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, probablement après la destruction, en 1791, de l’église du Saint-Sépulcre. De même, le tableau du Martyre de saint Cyr et sainte Julitte, que le peintre Louis Durameau (1733-1796) avait initialement réalisé pour la chapelle de la maison royale de saint-Cyr, trouva son nouvel emplacement en 1804. 

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Camille Corot

Le Baptême du Christ, 1844-47, huile sur toile, Paris, chapelle des Fonts baptismaux de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet

En 1844, c’est en revanche une commande du comte de Rambuteau, préfet de la Seine, en faveur de la Ville de Paris, qui permit l’exécution de deux tableaux pour la chapelle des Fonts baptismaux. Camille Corot fut retenu pour l’un de ces tableaux, qui devait représenter, à la demande du curé de la paroisse, Saint Philippe baptisant l’eunuque de la reine d’Ethiopie. Sur l’insistance de Corot, le sujet traita finalement du Baptême du Christ, prétexte au développement d’un vaste paysage en arrière-plan de la scène religieuse. 

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La chapelle de la Vierge

Premier élément achevé après l’ouverture du chantier, la chapelle de la Vierge, située dans l’axe de l’édifice, derrière l’autel, fut l’une des premières chapelles à recevoir un décor. Le Brun fournit les dessins de plusieurs sculptures et finança lui-même leur exécution, confiée au fidèle Legendre. Celui-ci réalisa, pour l’autel, une figure de la Vierge, posée sur un croissant de lune et foulant au pied le serpent, ainsi qu’un Dieu le Père dans la gloire céleste, pour la voûte. 

Dès le XVIIIe siècle, la Vierge de Legendre fut enlevée et remplacée par une autre statue, commencée par Antoine Vassé et terminé par son fils, Louis-Claude. C’est, toutefois, lors du percement du boulevard Saint-Germain, en 1860-62, que la chapelle de la Vierge perdit son aspect initial. Elle fut alors rabotée et réaménagée par Baltard, qui la dota d’un dôme et d’un lanternon percé de baies vitrées par lesquelles retombe la lumière naturelle. 

Gabriel Seurre (1795-1867) sculpta en marbre blanc la Vierge à l’Enfant de l’autel, représentée debout sur une nuée, paraissant dans l’encadrement d’une architecture en forme de tabernacle d’église. Les colonnes en marbre du Languedoc de cette architecture, à chapiteau corinthien, soutiennent un entablement décoré de guirlandes et du globe surmonté de la Croix.  

De part et d’autre de l’autel, les lambris bas sont constitués du même marbre, alors que la partie supérieure des murs est régulièrement panneautée. Deux figures se tiennent sur le pan coupé du mur, tournées vers l’autel.

Le peintre Nicolas Gosse (1787-1878) décora les lunettes et les pendentifs, sur lesquels reposent la coupole et le lanternon. Ces pendentifs sont décorés de niches en trompe-l’œil : les unes, ornées de coquilles, abritent les figures de Sainte Anne et de Saint Joachim ; les autres, au registre supérieur, sont ornées d’un bouquet. Entre ces quatre pendentifs, trois lunettes sont décorées de peintures représentant des épisodes de la vie de la Vierge. Faisant face au fidèle, au-dessus de l’autel, La Vierge triomphante est présentée par deux anges agenouillés peints en trompe-l’œil, à l’imitation de la pierre, avec l’écusson aux chiffre de la Vierge Marie (« VM »). 

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La façade principale

L’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet demeura sans façade principale jusqu’au XXe siècle. En 1934, le Conseil municipal de Paris confia l’achèvement de l’édifice à l’architecte Charles Halley, qui dessina une façade néo-classique. Cette façade comprend quatre colonnes ioniques engagées, qui supportent un entablement. La corniche du rez-de-chaussée porte deux pyramides à ses extrémités et deux figures d’anges adorateurs, sculptées par Pierre Poisson, qui encadrent la baie cintrée de l’étage. Un fronton arrondi couronne l’élévation.

A gauche de la façade, en léger retrait, le clocher est l’ultime vestige de l’ancienne église Saint-Nicolas, qui longeait la rue Saint-Victor. Élevé en 1625, il fut préservé lors de la construction de l’édifice actuel.

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