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La rue Mouffetard (IIIe siècle / XIIIe siècle)

Quartier Mouffetard

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La rue Mouffetard, face aux n° 30 et 32

Considérée comme l’une des plus anciennes rues de Paris, la rue Mouffetard poursuit, après les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève et Descartes, le tracé d’une ancienne voie romaine créée sous le Bas-Empire pour relier directement le pont de l’île de la Cité (actuel Petit-Pont) à la nécropole qui s’était développée à l’emplacement du futur faubourg Saint-Marcel. Cette voie étroite et irrégulière se prolongeait ensuite au-delà du lit de la Bièvre, jusqu’à l’actuelle place d’Italie. Ce tronçon fut plus tard absorbé par la rue de Bazeilles et l’avenue des Gobelins.   

On pensa longtemps que l’origine de Mouffetard provenait d’une déformation de  »Mont-Cétard », petite bute où saint Marcel, neuvième évêque de Paris, aurait trouvé la mort. D’après Jacques Hillairet, la rue Mouffetard « doit [plus] vraisemblablement son nom actuel, du XIIIe siècle, au mot moffettes, appliqué à l’odeur des exhalaisons putrides de la Bièvre et aux odeurs des industries de ses riverains, tanneurs, écorcheurs et tripiers » (Connaissance du vieux Paris, Paris, Payot, 2017, p. 420). 

Elle connut diverses appellations au fil de son histoire : on l’appela « rue Saint-Marcel » ou « Saint-Marceau », en allusion au faubourg qu’elle desservait. Depuis longtemps, elle est affectueusement appelée la Mouffe par les habitants et les familiers du quartier.

La rue Mouffetard est la voie principale du bourg Saint-Médard, volontiers baptisé « quartier Mouffetard ». Sa création coïncide avec l’abandon progressif de la cité gallo-romaine de l’île de la Cité et l’apparition d’une petite agglomération entourée de vignes et de terres labourées aux portes de Paris. Au XIVe siècle, ce quartier modeste devint le « Riche bourg », en raison des nombreux hôtels particuliers bâtis au bord de la Bièvre. L’aristocratie et la bourgeoisie aisée appréciaient alors les agréments de la vallée de la Bièvre et de la campagne qui s’étend à l’extérieur de la ville.

La vogue du « Riche bourg » diminua progressivement après le milieu du XVIe siècle. Les propriétaires quittèrent le quartier Saint-Médard et vendirent leurs hôtels particuliers ; les jardins de ces belles demeures furent peu à peu lotis de maisons jointives, qui caractérisent encore la rue Mouffetard. C’est une population de commerçants et d’artisans qui implantèrent leurs ateliers de fabrication et leurs boutiques. 

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Maximilien Luce (1858-1941)

La Rue Mouffetard, 1889-90, huile sur toile, 78,7 x 63,5 cm, Indianapolis Museum of Art

En 1912, André Warnod décrivait, dans un long article de Comœdia (« Bals, cafés et cabarets – Les anciens cabarets de la rue Mouffetard », 11 octobre 1912, p. 3), l’ambiance populaire de cette rue commerçante, lorsque les étals des boutiques et les charrettes à bras des marchands ambulants composaient le marché alimentaire :

« C’est le dimanche matin qu’il faut voir la rue Mouffetard. Elle a un petit air moyenâgeux tout à fait pittoresque. L’église ouvre ses portes toutes grandes pour que de la rue on puisse voir toute la nef avec au fond l’autel. Les gens sortent de la messe, des camelots du roi crient leur journal. Dehors, c’est le marché, un marché qui se tient dans la rue, les marchandes sont alignées le long des trottoirs, les petites voitures de quatre saison (sic) offrent leur étalage de légumes et de fleurs, des femmes avec des paniers circulent dans la foule et viennent vous vanter la qualité de l’ail ou des carottes dont elles vous laisseront la botte pour deux sous. Les bras nus et les mains sur les hanches, une robuste gaillarde convie d’une voix claire les passants à venir voir : « Ses petits colins, pour un sou, Mesdames ! » La rue monte et le marché se continue. Avec son tréteau pliant, un camelot s’installe et commence un boniment qu’il interrompt presque tout de suite, car il vient d’apercevoir le képi d’un agent de police, qui déambule dans la cohue et s’efforce de mettre un peu d’ordre dans ce désordre. La foule qui s’agite, les cris des marchands, les appels des marchandes, le bruit de toute cette cohue dans cette rue étroite, dont toutes les maisons -ou presque-, sont très vieilles, tout concourt à réaliser un tableau joyeux, vivant et pittoresque que l’on ne s’attend guère à trouver en plein cœur de Paris. »

QUARTIER MOUFFETARD : CHIFFONIER

Eugène Atget (1857-1927)

Quartier Mouffetard : chiffonnier, 1899, épreuve argentique noir et blanc, Paris, musée Carnavalet

Le quartier Saint-Médard était, au tournant du XXe siècle, l’un des plus pauvres de Paris. La multiplication des activités polluantes avait fait oublier la vallée riante de la Bièvre, transformée en égout à ciel ouvert. Le « Riche Bourg » d’autrefois n’était plus qu’un coin insalubre et malodorant, refuge d’une population indigente.

Léon Daudet se souvient ainsi que la rue Mouffetard était, « au point de vue de la crasse, de la sordidité, de la puanteur … une des plus remarquables de Paris » ! Il y avait vu, « coagulés dans une sorte de magma, des chiffonniers, des revendeurs, des filles, des maquereaux, des tire-laine, des êtres sans âge, sans sexe, non sans fumet, couverts de haillons d’une couleur ramenée au vert et au jaune, des chiens de tout poil et des rats de toute sorte. » (Paris vécu. Rive gauche, Paris, Gallimard, 1930, p. 50-51).

Les ruelles et les impasses donnant sur la rue Mouffetard étaient, pour certaines d’entre elles, « des cloaques infâmes avec des maisons branlantes tombant en ruine et habitées par des chiffonniers et des mécréants de toutes sortes, qui vous crient des injures lorsqu’on s’avance dans leur domaine. » (Comœdia, 11 octobre 1912, p. 3).    

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La plaque commémorative du 39, rue Descartes

En 1922, Ernest Hemingway (1899-1961) logeait, avec son épouse, dans un petit appartement de la rue du Cardinal-Lemoine. L’écrivain américain louait en outre l’atelier mansardé d’un immeuble de la rue Descartes, que Paul Verlaine avait occupé avant lui et où il mourut en 1896. Situées dans le prolongement de la rue Descartes, la rue Mouffetard et la place de la Contrescarpe s’offraient à sa curiosité. Hemingway évoque ce coin de la capitale dans Paris est une fête (Paris, 2011, pp. 42-43) :

« Et puis, il y avait la mauvaise saison. Elle pouvait faire son apparition du jour au lendemain, à la fin de l’automne. Il fallait alors fermer les fenêtres, la nuit, pour empêcher la pluie d’entrer, et le vent froid arrachait les feuilles des arbres, sur la place de la Contrescarpe. Les feuilles gisaient, détrempées, sous la pluie, et le vent cinglait de pluie les gros autobus verts, au terminus, et le café des Amateurs était bondé derrière ses vitres embuées par la chaleur et la fumée. C’était un café triste et mal tenu, où les ivrognes du quartier s’agglutinaient, et j’en étais toujours écarté par l’odeur de corps mal lavés et la senteur aigre de la saoulerie qui y régnait (…).

Le café des Amateurs était le tout-à-l’égout de la rue Mouffetard, une merveilleuse rue commerçante, étroite et très passante, qui mène à la place de la Contrescarpe. Les vieilles maisons, divisées en appartements, comportaient, près de l’escalier, un cabinet à la turque par palier, avec, de chaque côté du trou, deux petites plates-formes de ciment en forme de semelle, pour empêcher quelque locataire de glisser ; des pompes vidaient les fosses d’aisances pendant la nuit, dans des camions-citernes à chevaux (…). 

Toute la tristesse de la ville se révélait soudain, avec les premières pluies froides de l’hiver, et les toits des hauts immeubles blancs disparaissaient aux yeux des passants et il n’y avait plus que l’opacité humide de la nuit et les portes fermées des petites boutiques, celles de l’herboriste, du papetier et du marchand de journaux, la porte de la sage-femme -de deuxième classe- et celle de l’hôtel où était mort Verlaine et où j’avais une chambre, au dernier étage, pour y travailler »

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L’enseigne aux bœufs et aux moutons – 6, rue Mouffetard 

Dans le haut de la rue Mouffetard, les reliefs dorés d’une façade attirent l’attention des passants : on y voit deux grands bœufs se faisant face sur la corniche du premier étage et trois petites tables cintrées à figures de mouton, qui occupent les trumeaux de fenêtres. Ces différents reliefs forment l’enseigne d’une boucherie du XVIIIe siècle !

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La place de la Contrescarpe

Située après le premier tronçon de la rue Mouffetard, la place de la Contrescarpe ressemble davantage à un rond-point, planté d’arbres et rallié par les rues du Cardinal-Lemoine et Lacépède. Constituée à partir de l’ancienne rue de la Contrescarpe-Saint-Marcel, elle fait référence au talus extérieur du fossé creusé devant l’Enceinte de Philippe Auguste.

au nègre joyeux

L’enseigne « Au Nègre Joyeux » – place de la Contrescarpe

Entourée d’immeubles relativement simples et peu élevés, la place de la Contrescarpe est un lieu touristique très fréquenté. On pouvait y voir l’enseigne d’un ancien magasin de cafés, Au Nègre joyeux, jusqu’en 2017.

Cette enseigne comprenait un panneau de bois au nom du commerce et un tableau peint mettant en scène un homme noir et une dame blanche en costumes du XVIIIe siècle. Le tableau représente l’homme noir, serviette autour du cou, apparemment debout pour porter un toast, alors que la jeune femme apporte un plateau chargé d’un sucrier en porcelaine, d’une assiette de gâteaux et d’une cafetière en argent. Retirés sous le prétexte d’illustrer une imagerie esclavagiste, ces deux éléments sont aujourd’hui conservés dans les collections du musée Carnavalet.

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La plaque signalant le Cabaret du Chiffonnier – 23, rue Mouffetard

La rue Mouffetard était réputée pour ses cabarets, ancêtres de l’auberge ou du restaurant actuels. Il ne s’agissait pas de cabarets au sens « montmartrois » du terme, avec des numéros d’artistes, mais d’établissements qui vendaient le vin au détail, où l’on dressait la table pour y servir également de la nourriture. Les clients avaient tout au plus l’habitude, une fois « échauffés par le vin, de pousser la chansonnette » (A. Fierro, Histoire et Dictionnaire de Paris, Paris, Robert Laffont, 1996, p. 737). Les établissements les plus fréquentables attiraient l’élite intellectuelle ; d’autres étaient prisés par une clientèle populaire, parfois proche de la misère.

En 1912, André Warnod dresse l’inventaire des cabarets de la rue Mouffetard encore existants et d’autres, disparus, mais dont il entendit parler. Il mentionne le cabaret de l’Épée de Bois, « un des plus anciens », celui « à l’enseigne … Au coup de soleil » et un troisième, qu’on avait nommé, selon le sujet d’une grande peinture murale qui ornait sa façade, « Le Triomphe de Bacchus« .

Il cite également « l’ancien cabaret du Chat qui dort« , dont l’ « enseigne en fer forgé … représentait un chat accroupi dans un encadrement de raisin » et « une souris » gambadant devant le félin assoupi. Selon la légende, ce cabaret aurait eu des clients très illustres : Jean-François de La Harpe, Jean-Baptiste Antoine Suard, Jean-François Marmontel « et même Jean-Jacques Rousseau. »

André Warnod termine son inventaire par la célèbre Pomme de pin, située non loin de la porte Saint-Marcel, et « un assommoir appelé les Caves du Panthéon, fréquenté par des chiffonniers, des chanteurs ambulants et des vagabonds ». Selon Warnod, « les consommations [n'y] coûtaient que dix centimes, on n’y servait pas à manger mais on y mangeait tout de même, car la plupart des consommateurs apportaient leurs repas dans leurs poches. » A l’instar des Caves du Panthéon, le cabaret du (ou des ?) Chiffonnier(s) attirait, sous l’Empire, la même clientèle désargentée.

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L’enseigne à la niche – 45, rue Mouffetard

Dans la rue Mouffetard, les enseignes ne sont pas nécessairement remarquables ou encore associées à un commerce. La petite niche cintrée du n°45, fermée d’une grille et habitée autrefois d’une statuette, signalaient probablement une boutique aux passants.

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La fontaine du Pot-de-Fer – 60, rue Mouffetard

L’histoire de la fontaine, située à l’angle de la rue du Pot-de-Fer, est liée au projet d’aqueduc initié par Henri IV et son ministre Sully pour approvisionner Paris en eau potable. Le souverain souhaitait alors améliorer le bien être des Parisiens et circonscrire les maladies qui ravageaient encore certains quartiers de la capitale. Remis à l’étude en 1612, après la mort du roi, il fournit principalement l’eau en quantité suffisante aux bassins et aux fontaines du jardin que la reine Marie de Médicis souhaitait faire aménager à proximité de son nouveau palais du Luxembourg!

Sur le modèle de l’ouvrage construit par les Romains pour alimenter les thermes de Cluny, cet aqueduc menait les eaux du plateau de Rungis par des galeries souterraines et un pont enjambant la vallée de la Bièvre au niveau des communes d’Arcueil et de Cachan. Sa mise en service permit toutefois de créer quatorze nouvelles fontaines sur la rive gauche de la capitale. C’est dans ce contexte que Michel Noblet (1605-1677) édifia, en 1642, la fontaine du Pot-de-Fer, qui fournit l’eau potable au petit bourg de Saint-Médard.

Cette fontaine présente une double façade décorée de refends, ménageant deux grandes arcades ; elle est dominée par une terrasse à reliefs de coquilles, d’ondes et de volutes. L’eau s’écoule par un seul robinet, du côté de la rue Mouffetard.       

 

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La caserne Monge – 61, rue Mouffetard

Sur le trottoir opposé, les façades imposantes de la caserne Monge se dressent à l’emplacement de l’ancien couvent des Religieuses hospitalières de Notre-Dame de la Miséricorde, confisqué à la Révolution et finalement détruit entre 1824 et 1830. C’est l’architecte Hubert Rohault de Fleury (1777-1846) qui en conçut les plans et en dessina les bâtiments.

Située initialement au 61, rue Mouffetard, l’entrée principale de la caserne fut reportée sur la place Monge, après le percement de la rue Ortolan, en 1884, et la construction de bâtiments supplémentaires. La caserne Monge est aujourd’hui l’un des quartiers de la Garde républicaine dans Paris.

     Le long bâtiment de la caserne, sur la rue Mouffetard, possède un corps central et deux pavillons latéraux, en saillie et à chaînages d’angle. Il s’appuie sur un rez-de-chaussée élevé, décoré de refends et constitué de pierres légèrement bosselées. Ce rez-de-chaussée paraît pratiquement aveugle, en dehors de petites fenêtres à barreaux.

Sa partie supérieure comprend trois niveaux identiques, aux murs recouverts d’un crépis clair et aux hautes baies cintrées. La grande porte d’entrée s’insère dans un arc constitué de pierres saillantes. Sous la corniche du rez-de-chaussée, un cartouche indique en lettres capitales « GARDE RÉPUBLICAINE ».

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L’enseigne « Au Vieux chêne » 

La maison à l’enseigne du Vieux-Chêne se dresse un peu plus bas, au n° 69. Elle porte un grand relief représentant le tronc et le feuillage « vermiculé » d’un arbre, fixé entre les fenêtres du premier étage. Cette enseigne signalait l’existence d’un bal populaire, qui ouvrit ses portes vers 1840 et fonctionna jusqu’en 1891.  L’établissement fut le repaire de personnes peu recommandables et le théâtre de rixes parfois meurtrières. 

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Le grand portail à fronton – 81, rue Mouffetard

Le grand portail à fronton du 81, rue Mouffetard se distingue des deux immeubles qui le dominent de part et d’autre. Flanqué de pilastres doriques et couronné d’un fronton à base interrompue, il s’ouvrait sur la cour d’un hôtel particulier édifié, au XVIIIe siècle, sur une étroite parcelle. Le linteau est orné d’une table, avec une agrafe sculptée.    

 

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L’immeuble aux corbeaux dissuasifs – 99, rue Mouffetard

L’immeuble du 99, rue Mouffetard, édifié en 1913, enjambe le passage des patriarches, exclusivement piétonnier, qui file vers la rue du même nom. Son architecture n’est guère remarquable : elle privilégie la brique à la pierre apparente, qui caractérise seulement la base des oriels en encorbellement, où deux figures de corbeau, fixées sous la corniche, servent d’ « épouvantail » à pigeons. Au-dessus de la porte, un cartouche sculpté porte le numéro de la rue en chiffres peints. 

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Le passage des Postes

 De l’autre côté de la rue, le passage des Postes correspond exactement au passage des Patriarches. Percé en 1830 pour relier la rue Mouffetard à l’ancienne rue des Postes (actuelle rue Lhormond), il est entièrement pavé et doté d’une rigole latérale qui facilite l’écoulement de l’eau dans les égouts.

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L’enseigne « A la Bonne source » – 122, rue Mouffetard

La maison à l’enseigne de la « Bonne-Source » se situe dans la portion plus étroite de la rue Mouffetard, à quelques mètres du parvis de l’église Saint-Médard. Elle porte un relief peint, comme une sorte de tableau en relief, protégé par un petit auvent, qui représente deux personnages tirant l’eau d’un puits. Cette enseigne du XVIIIe siècle signalait peut-être l’échoppe d’un marchand de vin.

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